La semaine dernière se déroulait le Web 2.0 Expo New York, un événement organisé en collaboration avec O’Reilly Media et TechWeb. Il avait comme mandat de faire découvrir les nouveautés du Web 2.0, tant au point de vue des modèles d’affaires que celui des pratiques web au niveau de la stratégie, du design et du développement.
Préambule
Bien que les conférences se déroulaient en parallèle (les salles couvrant chacun un sujet spécialisé), les participants étaient invités à assister aux keynotes en début d’après-midi. L’horaire était construit de sorte qu’aucune autre conférence ne venait entraver les keynotes.
La salle était immense, contenant facilement entre 1 000 et 1 500 personnes. Les organisateurs avaient eu l’idée d’inclure un stream Twitter, suivant le hashtag de l’événement (#w2e), afin peut-être d’animer la scène ou de permettre au backchannel de contextualiser les propos de l’invité. Seulement le tout a dégénéré lorsque Danah Boyd, chercheuse pour Microsoft, livra sa présentation intitulée «Streams of Content, Limited Attention» (que d’ironie).
Connaître son public
Les conférenciers qui obtiennent le plus de succès selon moi sont tous en mesure de bien juger l’auditoire afin de livrer une présentation compatible avec celle-ci. Ce fut le cas de Chris Brogan, Baratunde Thurston et même Tim O’Reilly. Certains comme Kevin Rose et Jay Adelson ont pu jouir du mode entrevue qui, bien qu’il ne soit pas bulletproof, diminue le risque de provoquer un discours ennuyeux ou ne correspondant pas aux attentes de la foule (trois têtes valent mieux qu’une).
Lors de sa conférence, Danah Boyd traita de son sujet avec brio, récitant des phrases parfaitement construites, incluant à l’occasion des métaphores, des parenthèses, des explications… elle avait réponse à nos questions avant même qu’on ne les pose. Comment cela est-il possible? Elle sait lire, voilà son secret! Par extension, elle sait écrire également…
Pendant près de 20 minutes, Danah Boyd passa le plus clair de son temps à lire ses notes à voix haute, levant à l’occasion son regard afin de simuler la connexion avec son public. Je considère que cette maladresse (à noter que je n’aurais pas fait mieux) n’a fait que contribuer au déficit d’attention de la foule, qui devait déjà composer avec la durée de son intervention et la tentation d’emboîter le mode multitasking.
Conséquence
Bien que son débit était adéquat pour quelqu’un à qui on accorde toute notre attention, la majorité trouvait qu’elle parlait trop vite, ne laissant pas le temps à l’auditoire de digérer ses propos. Des commentaires plutôt anodins du genre «Danah Boyd from Microsoft is talking way too fast. It’s hard to follow and I have no idea what she is talking about.» ou «Danah Boyd loves coffee.» ont fait réagir la foule de façon innappropriée (des rires qui ne pouvaient être attribués au sérieux du sujet traité).
Unfortunately, my presentation at Web 2.0 Expo sucked. The physical setup was hard and there was a live stream behind me. I knew something was wrong because folks started laughing in the audience. Unable to see anything (the audience, the stream), I found myself closing down.
— Danah Boyd, sur son blogue
Le lendemain, les animateurs Brady Forrest et Jennifer Pahlka avaient des têtes d’enterrement. Ils ont rapporté les faits, se sont excusé auprès de Danah Boyd et Microsoft (le principal commanditaire avec IBM) et ont annoncé que le Twitter feed allait désormais être modéré. Lors des keynotes qui ont suivi, on pouvait voir des tweets se répéter sur l’écran géant, donnant une fausse impression d’instantanéité. On a relégué cette fonctionnalité aux oubliettes; vous pouvez vous assurer qu’elle ne sera pas au rendez-vous l’an prochain.
Comment mieux gérer la situation?
Je crois que dans de pareilles circonstances, il est inévitable pour Twitter de refléter la perception d’une salle, exceptée évidemment lorsque celle-ci n’est pas familière avec l’outil (ou n’a carrément pas accès au web). Par contre, l’idée de modérer la diffusion des tweets est catastrophique – mieux vaut ne rien diffuser du tout!
Si l’organisation n’est pas prête à prendre un tel risque, elle ferait mieux de rétrograder les tweets au second plan, en diffusant ceux-ci sur un écran dans un endroit «de repos» (tel que je le proposais le mois dernier). De plus, cette pratique élimine un élément de distraction dans une salle où la présence technologique incite fortement à perdre le focus.

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